Voilà, j’ai un nouveau projet, un projet à reculons pour le futur, ce sera un livre que je voudrais comme un film, avec un début et une fin, des séquences plus que des chapitres, des ellipses et des flash-backs... Je voudrais mettre à jour le temps passé, anticiper l’échéance, repousser la limite, je voudrais ouvrir l’œil gauche sur l’œil droit aux trois quarts fermé à force de cligner, ou plus exactement avoir les yeux en face des trous comme on dit, au risque de ne plus pouvoir rêver ; je voudrais alléger mon bagage, au risque de ne plus pouvoir partir. J’ouvre les tiroirs fermés, je retrouve des photos de longue date, je m’y reconnais à peine, je trie, je jette, je classe, je scanne, j’enregistre, pomme S, pomme V, pomme U... Soudain, me revient cette phrase que je disais comme un refrain, à l’âge de quinze ans, “Le temps court dans mon dos et crie au voleur”. De qui était-elle ? J’ai oublié. Je reprends à nouveau et encore le compte à rebours perdu d’avance, mes 125e de seconde ne feront jamais une heure. Les mots déjà dits résonnent dans ma tête, les phrases sont toutes faites, alors je me souviens, par bribes et en vrac, de ce qui ne s’est pas encore effacé. Un titre s’impose : “Que reste-t-il ?”, mais déjà il me pèse. Puisqu’il y aura cinq cahiers, ce sera 1.2.3.4.5.

Sarah Moon, 2008


1
les débuts et les souvenirs
2 le cirque, la mode et le reste
3 les contes
4 la couleur
5 le long métrage Mississipi one

Sarah Moon - 12345

Prix Nadar 2008

 

5 volumes réunis dans un coffret
Photographies en trichromie et en couleur
Textes français/anglais
486 pages - 29,5 x 28,5 cm - 4 triptyques
Film DVD de 85 minutes.

édition 2011

135 €

ISBN : 978-2-85107-262-7

Remise du prix Nadar 2008

Galerie Camera Obscura

interview de photographie.com

Vidéo sur artnet.fr

 

En cinq chapitres, ce livre montre comment débute un goût pour une imagerie qui se trouve en phase avec son époque mais qui évolue vite vers l’expression de sentiments variés, jusqu’à l’angoisse du temps qui passe. Car Sarah sait d’instinct que les pétales tombent trop vite, que le printemps n’a qu’un temps, qu’il ne faut pas se fier aux apparences, et que cet œil silencieusement complice qu’est l’appareil permet de retenir, de préserver l’instant choisi, et lui donner la forme qui l’exprime à l’acmé de sa rareté.

Rare est le mot qui convient pour tous ces moments fixés au plus fort de l’émotion, où la mer et les ciels prétendent à l’infini, où le regard d’une femme, la douceur d’un pelage, l’harmonie d’un accord, sont les bonheurs de la vie, même si Sarah Moon sait que le ver est dans le fruit. Ce qu’elle a toujours su.

Robert Delpire

Dans l’univers de Sarah Moon, la vie et la mort se tissent dans la même étoffe. Elles n’ont pas de frontières. A elles deux, le monde est un enfant qui a vieilli en un jour. Ce n’est pas tant du sang que du songe qui coule dans ses veines. La beauté est partout l’exutoire de la perte, sa patine. Elle est au renoncement ce que l’humour est au désespoir : une politesse. De la mélancolie en tenue de soirée.

L’image de la dernière image par Dominique Eddé

“Que voudrais-tu que l’on retienne de tes photos ?
Je suis contente si elles trouvent un écho bien que je n’y pense jamais quand je travaille. Quand j’expose je me demande ce qu’on peut en retenir et ce qu’on peut aimer. Quand quelqu’un regarde une de mes photos c’est son reflet qu’il voit avant le mien. C’est comme un miroir qui le prend par surprise... Et quelquefois nous nous y rencontrons.

Conversation autour de la couleur avec Ilona Suchitzky