Le cheveu Texte de Pierre Gascar, 23 x 26,5 cm 15, 09 € ISBN : 2097541534 |
Ce pouvoir de la chevelure féminine explique que Vénus, dans la peinture, la sculpture et la littérature classiques, soit souvent représentée en train de se peigner. Ce soin devient pour l'homme qui en est le témoin un insidieux sortilège. Il n'est guère de postures féminines qui aient autant de grâce et expriment autant l'apaisement des passions. On pense au repos d'Ariane, après la bacchanale. Le geste répété de la femme peignant ses longs cheveux semble avoir la vertu d'un exorcisme, comme si la subtile électricité dont ils étaient chargés, un peu plus tôt, se trouvait dissipée, conjurée. C'est que les longs cheveux féminins, souples, ondoyants, brillant d'un sourd éclat, sous le peigne que Vénus lentement y promène, peuvent se plier à d'étranges métamorphoses. Les mythes, et jusqu'aux plus anciens, prêtent un pouvoir de réversibilité, de la dualité, à l'image de la femme, comme pour faire contrepoids à l'attrait qu'elle exerce ou plutôt pour donner à celui-ci une ambiguïté qui, d'une certaine manière, le rehausse. Ni la Vénus Anadyomène, ni la Vénus Callypige, ni même la sainte Vénus Genitrix n'échappent à cette brutale transfiguration. Agglomérées par la sueur d'une furie soudaine, voici que les longues mèches de cheveux de Vénus se tordent, s'entrelacent, la couronnant du noeud de vipères qui, traditionnellement, coiffe Médée, la magicienne. Ce sinistre ornement révèle, chez la femme, la familiarité du monde des profondeurs. Derrière Médée, ce sont les Harpies, les Erinnyes, les Euménides, créatures, créatures déchaînées, sifflantes, imitant les serpents dont elles ceignent leurs fronts ou qu'elles brandissent dans leurs poings, qui surgissent, innombrables, comme du fond des cauchemars des premiers âges. |
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